Pablo Picasso 1881-1973
Pablo Picasso et la Tapisserie : une collaboration pérènne
L’intérêt de Pablo Picasso pour la tapisserie s’inscrit dans la volonté de l’artiste d’étendre son langage plastique au-delà de la peinture. Cette rencontre décisive avec l’art textile est rendue possible grâce à Marie Cuttoli, figure majeure du renouveau de la tapisserie française au XXᵉ siècle.
Dès les années 1930, Marie Cuttoli invite Picasso à adapter certaines de ses compositions en tapisseries monumentales. Des œuvres emblématiques telles que Les Masques ou Jacqueline illustrent parfaitement cette transposition : la puissance graphique des visages, la simplification des formes et la frontalité des figures trouvent dans la laine et la soie une intensité nouvelle. La tapisserie devient alors un médium capable d’amplifier la présence physique et symbolique des sujets chers à Picasso.
Cette approche s’inscrit dans un esprit proche de celui de l’atelier Madoura à Vallauris, avec lequel Picasso collabore intensément à partir de 1947. Si Madoura est avant tout associé à la céramique, son importance réside dans la vision qu’il partage avec l’artiste : abolir la frontière entre art majeur et artisanat, et faire dialoguer création contemporaine et savoir-faire traditionnel. Cette philosophie irrigue également les tapisseries de Picasso, conçues non comme de simples reproductions, mais comme des œuvres à part entière.
Les tapisseries de Picasso — notamment celles représentant des figures humaines, des masques ou Jacqueline — témoignent ainsi d’une extension authentique de son œuvre, où matière, échelle et rythme textile renforcent la force expressive de son univers. Elles occupent aujourd’hui une place essentielle dans l’histoire de la tapisserie moderne.
